Les passages secrets (Hidden passages)

Fiction (Short film) / 28 minutes / HD / Local Films / 2015

Un territoire et une époque indéfinis.

Une guerre qui ne dit pas son nom se livre contre des hommes qui pourtant cherchaient à la fuir.

Mehdi y a perdu son père. Il a hérité d’une dette. Il est devenu passeur.

An undefined territory and time.

An unspoken war is fought against men who were trying to run away from it.

Mehdi lost his father there. He inherited a debt. He became a smuggler.

Soutenu par le CNC (Aide au programme), la région Aquitaine, le département des Landes et la Procirep-Angoa

Avec  Driss Ramdi, Hamidreza Djavdan & Serge Renko

Scénario & réalisation  Leslie Lagier

Produit par  Nicolas Brevière - Local Films

Image  Julia Mingo

Son  Mathieu Vigouroux, Carole Verner, Gilles Benardeau

Chef décoratrice  Aurore Casalis

Montage  Stéphanie Araud

Étalonnage  David Bouhsira

Musique originale  Behkameh Izadpanah-Babaei

Festivals  Côté Court de Pantin, Festival Tous Courts d’Aix, Festival de Clermont-Ferrand, Hendaia Film Festival, Soirée Bref/MK2, projection spéciale dans le cadre du Festival international du Film Indépendant de Bordeaux...

Presse

"Flux migratoires, camps de transit, réfugiés aux destins incertains, clandestins, passeurs… Que peut une fiction pour qui voudrait rendre compte, ou tout au moins tenir compte de cette réalité en nous épargnant tout autant la compassion que les bons sentiments ou la dénonciation sommaire.

Leslie Lagier tente d’y répondre à sa manière. Auteure de deux essais documentaires particulièrement redevables à la matière des images, elle joue de l’impact des “images-traces” dans cette première fiction en la ponctuant, d’un côté, de plans noirs et blancs ralentis qui pourraient être extraits d’enregistrements d’une caméra de surveillance, et de l’autre, de documents d’actualité, où des nuées de réfugiés s’arrachent les quelques couvertures qui leur sont distribuées. Ces inserts ancrent fictivement dans la réalité une narration qui ne veut pas demeurer rivée au réalisme ni décrire un espace précisément localisé. Il y a des clandestins, des passeurs, la police, un traducteur, des campements de fortune, des espaces désaffectés, la mer toute proche, l’attente du moment propice pour filer vers un ailleurs. Ce pourrait être à Calais ou n’importe où en Europe.

La nuit rend indistincts les décors et contribue à cette indétermination. Elle désigne aussi le destin de ces existences en transit, réfugiées dans l’obscurité, dans la nuit du monde, et qui peuvent à tout moment être saisies dans les projecteurs des forces de l’ordre comme des animaux dans les phares d’une voiture.

Ce théâtre nocturne flirte avec la tragédie. Mehdi, le personnage principal, survit comme traducteur. Un émigrant interrogé par une policière raconte son père mort, la dette qu’il doit à des passeurs. On comprendra rétrospectivement que les propos que traduit Mehdi racontent son propre destin, hanté par le passé – un sitar, une musique, un poème – et animé par l’espoir de fuir, un destin qui se heurte constamment à d’autres semblables.

Mais ce fatum n’a pas grand-chose à voir avec une intervention divine. L’étau inextricable dans lequel les personnages sont enserrés est alimenté par les rouages d’une économie, elle aussi clandestine, où des forces mafieuses imposent leur loi. Le titre, Les passages secrets, laisse espérer une issue. Mais peut-on vraiment sortir d’un des cercles de l’enfer ?"

 

Jacques Kermabon, Revue Bref n°118, 2016